posidonie

Pourquoi la disparition de la biodiversité marine nous concerne tous ?

Protection du littoral, stockage du carbone, pêche, qualité de l'eau : les services rendus par les écosystèmes méditerranéens sont essentiels à nos territoires

Lorsque l'on évoque la disparition d'une espèce ou le déclin de la biodiversité, les images qui viennent spontanément à l'esprit sont souvent celles d'animaux emblématiques.

Pourtant, les enjeux du déclin de la biodiversité ne se résument pas à un inventaire d'espèces.

Derrière chaque habitat marin, chaque herbier ou chaque chaîne alimentaire se cachent des fonctions essentielles au bon fonctionnement des écosystèmes. Ces fonctions produisent ce que les scientifiques appellent des « services écosystémiques » : des bénéfices dont dépendent directement les sociétés humaines.

Contrairement à certaines infrastructures très visibles construites par l'être humain, les services rendus par les écosystèmes sont difficilement perçus bien que leur contribution soit aussi importante. Ils contribuent à la protection des côtes, au maintien des ressources halieutiques, à la qualité des eaux littorales ou encore à l'attractivité des territoires. Et paradoxalement, leur importance apparaît surtout lorsqu'ils commencent à se dégrader.

Or à juste titre, à mesure que les écosystèmes se transforment sous l'effet du changement climatique, ces services pourraient eux aussi être fragilisés.

La posidonie : la discrète bienfaitrice du littoral méditerranéen

Sous la surface de la Méditerranée se développent de vastes prairies sous-marines formées par une plante emblématique : la posidonie (genre Posidonia).

Souvent méconnus du grand public, les herbiers de posidonie comptent parmi les écosystèmes les plus précieux de la Méditerranée.

Leur rôle est multiple. Ils servent d'abri, de zone d'alimentation et de nurserie à de nombreuses espèces de poissons et d'invertébrés. Ils contribuent également à stabiliser les fonds marins et à limiter la remise en suspension des sédiments.

Mais leur importance dépasse largement les seuls enjeux de biodiversité. Les herbiers participent aussi à l'atténuation des effets du changement climatique en stockant d'importantes quantités de carbone dans leurs tissus et dans les sédiments qu'ils piègent au fil du temps. Certains chercheurs les considèrent aujourd'hui comme de véritables réservoirs de « carbone bleu ».

Malheureusement, ces habitats figurent parmi les milieux les plus vulnérables au réchauffement des eaux, à l'artificialisation du littoral et aux pressions humaines.

Quand la biodiversité nourrit la pêche

La biodiversité marine constitue également le socle de nombreuses activités économiques. Et la pêche en est l'un des exemples les plus manifeste.

Poissons, crustacés, mollusques : toutes les espèces exploitées dépendent d'écosystèmes fonctionnels et de chaînes alimentaires équilibrées. Le plancton nourrit les petits organismes marins. Ceux-ci alimentent à leur tour des espèces plus grandes. Chaque maillon joue un rôle dans le maintien de l'ensemble.

Lorsque certaines espèces disparaissent, changent de répartition ou voient leurs populations diminuer, les effets peuvent se répercuter sur toute la chaîne alimentaire.

Les scientifiques observent déjà des modifications dans la répartition de plusieurs espèces commerciales méditerranéennes (anguille, anchois, merlu, rouget, thon...). Certaines migrent vers des eaux plus favorables tandis que d'autres deviennent plus rares dans certaines régions.

À long terme, ces évolutions pourraient affecter les ressources halieutiques et les activités qui en dépendent.

Ces écosystèmes qui protègent naturellement nos côtes

La biodiversité marine joue également un rôle très sous-estimé dans la protection des littoraux.

Les herbiers marins, certaines formations récifales ou encore les habitats côtiers contribuent à atténuer l'énergie des vagues et à limiter l'érosion. En ralentissant les mouvements de l'eau, ils participent à la stabilité des plages et des fonds côtiers.

Dans un contexte marqué par l'élévation du niveau de la mer et l'intensification de certains événements extrêmes, cette fonction protectrice prend une importance croissante.

Les solutions fondées sur la nature suscitent de plus en plus l'intérêt des chercheurs et des gestionnaires de territoire. Car préserver les écosystèmes existants apparaît souvent plus efficace et moins coûteux que compenser leur disparition par des infrastructures artificielles.

Une biodiversité qui contribue à la qualité de l'eau

Les écosystèmes marins participent également au maintien de la qualité des eaux côtières.

Certaines espèces filtrent naturellement l'eau en capturant des particules ou des micro-organismes. D'autres favorisent le recyclage des nutriments et contribuent aux grands équilibres biogéochimiques.

Ces processus sont essentiels au fonctionnement des milieux marins. Lorsqu'ils sont perturbés, les conséquences peuvent se traduire par une dégradation de la qualité écologique des eaux ou une modification des équilibres biologiques.

Ces processus contribuent donc directement à la santé des écosystèmes et à la qualité des espaces littoraux fréquentés par les habitants et les visiteurs.

Au-delà de l'environnement, des enjeux économiques et sociaux

Les bénéfices associés à la biodiversité dépassent largement la seule sphère écologique.

Tourisme, pêche, activités nautiques, attractivité résidentielle ou qualité du cadre de vie : de nombreux secteurs dépendent directement ou indirectement du bon état des écosystèmes marins.

La Méditerranée accueille chaque année des millions de visiteurs attirés par ses paysages, ses plages et ses richesses naturelles. La dégradation des habitats ou la diminution de certaines espèces pourraient progressivement affecter cette attractivité.

Pour les collectivités littorales, préserver la biodiversité représente donc également un enjeu économique, social et territorial.

Les Pyrénées-Orientales face à ces défis

Des secteurs comme la côte Vermeille, les environs de Banyuls-sur-Mer, le parc naturel marin du golfe du Lion ou la réserve naturelle marine de Cerbère-Banyuls illustrent particulièrement bien les liens étroits qui unissent biodiversité, activités humaines et attractivité du territoire.

Ces espaces accueillent des habitats remarquables et constituent des sites privilégiés pour l'observation scientifique, la plongée, le tourisme de nature ou encore l'éducation à l'environnement.

Les transformations actuellement observées dans les écosystèmes méditerranéens concernent donc directement les Pyrénées-Orientales. Comprendre ces évolutions est devenu un enjeu majeur pour anticiper les changements à venir et accompagner les stratégies d'adaptation des territoires littoraux.

Préserver les écosystèmes, c'est préserver les services qu'ils nous rendent

Pendant longtemps, la biodiversité a été considérée principalement comme un patrimoine naturel à protéger.

Aujourd'hui, les scientifiques soulignent une réalité plus large : les écosystèmes constituent aussi une infrastructure naturelle indispensable au fonctionnement de nos sociétés.

Protection du littoral, stockage du carbone, ressources alimentaires, qualité de l'eau ou attractivité des territoires : ces services reposent sur des équilibres biologiques parfois fragiles.

À mesure que le changement climatique transforme la Méditerranée, la préservation de la biodiversité apparaît plus que jamais comme un investissement dans l'avenir des territoires côtiers et des générations futures.

Sources :

IPCC. 2022. WGII Chapter 3.

MedECC. MAR1.

Plan Bleu. State of the Environment and Development in the Mediterranean.

MedECC-UN. What climate change means for the Mediterranean Sea / .